La lésion du cartilage de la cheville est une réalité médicale bien plus fréquente qu'on ne l'imagine. Que vous ayez subi une entorse "bénigne" il y a quelques années, que vous pratiquiez une activité sportive régulière ou que vous ressentiez des douleurs chroniques à la cheville, vous êtes peut-être concerné. Le cartilage, ce tissu blanc nacré qui recouvre les extrémités osseuses, joue un rôle fondamental : il permet aux surfaces articulaires de glisser sans friction, d'amortir les chocs et de préserver la mobilité fluide de votre cheville.
Le problème, c'est que le cartilage a une capacité de régénération très limitée. Une fois endommagé, il ne se répare pas spontanément comme la peau ou l'os. Cette caractéristique physiologique explique pourquoi diagnostiquer et traiter une lésion cartilagineuse dans les meilleurs délais fait toute la différence. Vous découvrirez dans cet article comment reconnaître les signes d'alerte, comprendre les mécanismes qui endommagent le cartilage, et surtout, quelles solutions concrètes s'offrent à vous pour préserver votre capital articulaire et éviter une arthrose précoce.
| Aspect | Information clé |
|---|---|
| Définition | Atteinte du revêtement cartilagineux et/ou de l'os sous-jacent au niveau du dôme du talus |
| Types principaux | Traumatique, dégénérative, ostéochondrite |
| Symptômes courants | Douleur intermittente, gonflement, sensation de blocage ou d'instabilité |
| Diagnostics principaux | Radiographie, IRM, Cone Beam |
| Enjeu majeur | Éviter l'évolution vers l'arthrose par une prise en charge précoce |
À retenir
Le cartilage ne se régénère pas spontanément. Une lésion cartilagineuse détectée précocement offre bien plus d'options thérapeutiques et un meilleur pronostic. Entre les infiltrations et les techniques chirurgicales modernes, vous disposez de solutions concrètes pour freiner la dégradation et retrouver une meilleure qualité de vie. La prévention de l'arthrose passe avant tout par une prise en charge adaptée et une rééducation bien conduite.
Qu'est-ce qu'une lésion du cartilage de la cheville et comment la reconnaître ?
Comprendre ce qu'il se passe dans votre cheville commence par quelques notions simples d'anatomie. La cheville est formée de trois os : le tibia (os principal de la jambe), la fibula (petit os latéral) et le talus (os du pied qui s'articule avec les deux premiers). Toutes les surfaces de contact entre ces os sont recouvertes de cartilage articulaire, une sorte de revêtement blanc et lisse qui agit comme un amortisseur naturel et un lubrifiant. Quand ce revêtement s'endommage, les os commencent à se frotter directement l'un contre l'autre, d'où les douleurs et l'inconfort progressif.
Une lésion du cartilage de la cheville signifie qu'une zone plus ou moins importante de ce revêtement a été endommagée. Elle peut être partielle (le cartilage se ramollit ou se fissure) ou totale (l'os sous-jacent est exposé). Cette atteinte peut également intéresser l'os lui-même, ce qu'on appelle une lésion ostéochondrale. Ce qui rend la situation délicate, c'est que le cartilage n'a pratiquement aucune capacité d'auto-réparation. Contrairement à l'os qui se consolide après une fracture ou à la peau qui cicatrise, le cartilage endommagé ne se régénère pas tout seul.
Les différents types de lésions cartilagineuses
Les lésions cartilagineuses se classent en trois grandes catégories selon leur origine, et cette distinction est importante pour orienter le traitement.
Les lésions traumatiques sont provoquées par un choc ou un effort brutal. Une entorse de cheville, même légère, peut abîmer le cartilage du talus. Une fracture ou une luxation articulaire produit souvent une lésion ostéochondrale (os et cartilage). Ces lésions se localisent le plus fréquemment sur le bord avant et externe du talus (antérolatéral). Vous avez peut-être eu un "simple" entorse il y a des années, puis des symptômes ont réapparu progressivement. C'est un scénario classique : la lésion cartilagineuse initiale n'avait pas été diagnostiquée.
Les lésions dégénératives correspondent à une usure progressive du cartilage. Elles surviennent après des microtraumatismes répétés, une instabilité chronique de la cheville ou un défaut d'alignement articulaire. Avec le temps, le cartilage se ramollit, devient moins épais et finit par s'user complètement. C'est le début de l'arthrose.
L'ostéochondrite (aussi appelée dissection ostéochondrale) est une situation particulière qui commence généralement dans l'enfance ou l'adolescence. Un manque temporaire d'apport sanguin à l'os du talus cause une nécrose osseuse locale. Le cartilage reste d'abord intact, mais l'os se dégrade progressivement sous lui. La lésion s'étend dans le temps et finit par affecter aussi le cartilage, créant des fragments cartilagineux mobiles ou des zones d'effondrement. Cette pathologie se localise souvent sur le bord interne (postéromédial) du talus, à l'inverse des lésions traumatiques.
Les symptômes à ne pas ignorer
Les signes d'une lésion cartilagineuse varient selon la taille et la profondeur de la lésion, mais il existe des signaux d'alerte à connaître.
La douleur est le symptôme le plus courant. Elle peut être localisée au centre de la cheville ou plutôt vers l'avant ou les côtés selon le siège de la lésion. Caractéristique important : cette douleur est souvent intermittente. Elle peut disparaître pendant quelques jours ou semaines, vous donnant l'illusion que tout va mieux, puis revenir à l'occasion d'une certaine activité ou d'un faux mouvement. Cette intermittence rend la lésion cartilagineuse trompeuse et justifie d'autant plus une investigation précoce.
Le gonflement (œdème) de la cheville est fréquent. Vous remarquez peut-être que votre cheville enfle après une journée d'activité ou vers le soir, même sans traumatisme récent. Ce gonflement témoigne de l'inflammation locale provoquée par la lésion.
Les sensations de blocage ou d'accrochage surviennent quand un fragment de cartilage se déplace ou se coince entre les surfaces osseuses. Vous avez l'impression que votre cheville "se bloque" à un certain angle de mouvement, une sensation désagréable et parfois douloureuse.
L'instabilité subjective est moins évidente mais tout aussi importante. Vous avez l'impression que votre cheville est "fragile", qu'elle peut "se tordre" facilement même en marchant sur un sol plat. Cette sensation reflète souvent une perte de stabilité liée à la lésion cartilagineuse ou à une entorse antérieure associée.
Enfin, la raideur matinale ou après une période d'immobilité est un signal qu'on observe parfois. Votre cheville est un peu "raide" en vous levant, puis cela s'améliore après quelques pas. Cette raideur est liée à l'inflammation articulaire.
Quelles sont les causes d'une lésion du cartilage de la cheville ?
Comprendre comment une lésion cartilagineuse s'installe est la clé pour agir préventivement. Les mécanismes sont variés, mais ils se regroupent autour de quelques grands processus physiologiques.
Les lésions traumatiques et post-traumatiques
Le traumatisme direct est la cause la plus identifiable. Une chute, un accident de sport, un coup au pied : ces événements peuvent entraîner une fracture osseuse, une luxation ou un arrachement du cartilage. Mais attention, le trauma n'a pas besoin d'être spectaculaire. Une simple entorse de cheville peut suffire à créer une lésion ostéochondrale que vous ne sentirez même pas sur le moment.
Ce qui complique la situation, c'est que les conséquences d'un trauma initial peuvent s'étendre lentement dans le temps. Une entorse mal soignée ou qui n'a pas été complètement rééducée laisse la cheville instable. Or, une articulation instable subit des microtraumatismes répétés chaque fois que vous marchez, montez les escaliers ou faites une activité sportive. Ces petits chocs accumulés usent graduellement le cartilage, dégradant l'articulation sur des mois ou des années. C'est ce qu'on appelle l'arthrose post-traumatique.
En 2026, l'imagerie médicale nous montre qu'une arthrose peut survenir même plusieurs années après une entorse, comme si le "compteur d'usure" s'était mis en marche silencieusement après la blessure initiale. C'est un argument solide pour bien réduquer chaque entorse de cheville, afin de restaurer la stabilité et limiter ces traumatismes répétés à long terme.
Les lésions dégénératives et l'ostéochondrite
Les lésions dégénératives surviennent sans événement traumatique majeur. Elles résultent d'une usure progressive, comme vous pouvez observer sur n'importe quelle mécanique soumise à des frottements répétés. Quand le cartilage s'use, il perd son épaisseur et son élasticité. La substance fondamentale du cartilage contient de l'eau et des protéines spécialisées. Progressivement, il se ramollit (chondromalacie), des fissures apparaissent, et l'os sous-jacent finit par être exposé.
L'ostéochondrite est un cas à part. Elle débute par une interruption de l'apport sanguin à une zone de l'os talien, souvent chez l'enfant ou l'adolescent. Ce défaut vasculaire crée une zone d'os mort (nécrose). Avec le temps, cet os se fragmente, s'effondre et entraîne avec lui la dégradation du cartilage sus-jacent. La progression est lente et souvent asymptomatique au début, d'où le risque de découverte tardive à l'âge adulte.
Les facteurs de risque aggravants
Plusieurs conditions augmentent la probabilité de développer une lésion cartilagineuse ou d'aggraver une lésion existante.
L'instabilité chronique de la cheville en est un majeur. Si votre cheville "roule" régulièrement (entorses répétées), les surfaces articulaires ne sont plus alignées correctement durant le mouvement. Cette mauvaise mécanique produit des chocs désalignés qui usent le cartilage plus rapidement qu'une articulation stable.
Les défauts d'alignement articulaire jouent un rôle similaire. Une laxité ligamentaire constitutionnelle (articulations naturellement souples), une malformation osseuse ou une cicatrisation mal conduite après une fracture peuvent modifier l'alignement de la cheville. Là aussi, les pressions ne se distribuent pas uniformément sur le cartilage, certaines zones subissant une surcharge.
L'activité physique intense, particulièrement les sports d'impact ou les mouvements répétitifs (course, saut, danse), augmente le stress mécanique sur l'articulation. Chez un athlète ou une personne pratiquant une activité exigeante, le cartilage peut s'user plus vite, surtout si la technique est déficiente ou l'échauffement insuffisant.
L'âge modifie aussi la résilience du cartilage. Avec les années, le cartilage devient moins hydraté, moins élastique et plus fragile. Cette évolution commence dès la trentaine ou la quarantaine pour la plupart des gens, même sans pathologie préexistante.
Enfin, certaines maladies systémiques comme les arthrites rhumatoïdes endommagent le cartilage par un mécanisme inflammatoire. L'inflammation chronique de l'articulation altère le cartilage et accélère son usure.
Comment diagnostiquer une lésion du cartilage de la cheville ?
Le diagnostic d'une lésion cartilagineuse repose sur une combinaison d'éléments : vos symptômes, l'examen clinique réalisé par le médecin, et les images médicales. Aucun élément seul n'est suffisant, d'où l'importance de cette approche multifactorielle.
L'examen clinique et les tests spécifiques
L'examen débute par une anamnèse détaillée. Le médecin vous questionne sur l'historique de votre cheville : avez-vous eu une entorse, un traumatisme, une chute ? Depuis combien de temps avez-vous des douleurs ? Quelles activités les provoquent ? Cette conversation fournit souvent des indices importants.
L'inspection visuelle vient ensuite. Le médecin observe les deux chevilles pour comparer, cherchant un gonflement asymétrique ou une décoloration cutanée. Il palpe (touche) les zones sensibles pour localiser la douleur.
Les tests fonctionnels sont spécifiques à la cheville. Le test de Tinel, par exemple, consiste à percuter doucement l'articulation pour reproduire une douleur. Le test d'amphiarthrose évalue la mobilité globale. Certaines manœuvres comme le test en varus/valgus (mouvement d'inversion/éversion) aident à déterminer si des ligaments sont lésés.
Malheureusement, l'examen clinique seul a des limites. Une lésion cartilagineuse peut être présente sans signe clinique très spécifique. C'est pourquoi l'imagerie est indispensable pour confirmer le diagnostic.
Les examens d'imagerie : radiographie, IRM et Cone Beam
La radiographie est l'examen de première intention. Elle est rapide, accessible et peu coûteuse. Elle permet de voir les os et parfois les fragments ostéochondraux. Cependant, le cartilage lui-même n'est pas visible à la radiographie puisqu'il n'est pas calcifié. Une radiographie peut être normale alors que vous avez une lésion cartilagineuse. Elle sert surtout à éliminer une fracture osseuse ou à rechercher des fragments libres.
L'IRM est l'examen de référence pour évaluer le cartilage. Elle offre une visualisation détaillée du revêtement cartilagineux, de l'os sous-jacent et de tous les tissus mous (ligaments, membrane synoviale). L'IRM permet de classifier la lésion selon la profondeur, l'étendue et les détails morphologiques. Elle détecte aussi les lésions d'ostéochondrite avant même qu'elles ne cassent. L'IRM est très sensible (elle détecte presque tous les cas) et très spécifique (elle identifie la nature exacte de la lésion). C'est pourquoi elle est indispensable quand une lésion cartilagineuse est suspectée.
Le Cone Beam (ou CBCT pour Cone Beam Computed Tomography) est un examen d'imagerie plus récent qui offre une visualisation 3D de haute résolution des structures osseuses. Il est particulièrement utile pour évaluer les lésions ostéochondrales présentant une composante osseuse importante. Le Cone Beam expose à moins de radiations qu'un scanner classique et offre une résolution osseuse supérieure. En 2026, cet examen se démocratise dans les centres spécialisés comme complément à l'IRM pour les lésions complexes.
En pratique, le protocole diagnostic ressemble à ceci : radiographies d'abord pour éliminer une fracture, puis IRM si la suspicion de lésion cartilagineuse existe. Cone Beam en complément si une intervention chirurgicale est envisagée et que l'analyse précise des structures osseuses est nécessaire.
Quels traitements pour une lésion du cartilage de la cheville ?
Les options thérapeutiques se divisent en deux catégories : les approches non chirurgicales et les interventions chirurgicales. Le choix dépend de la taille de la lésion, sa profondeur, son siège, votre âge, votre niveau d'activité et vos préférences.
Les traitements non chirurgicaux : infiltrations et PRP
Le repos et l'immobilisation provisoire (attelle ou botte) sont souvent la première étape pour les lésions mineures ou en phase aiguë. Cette phase vise à réduire l'inflammation et à laisser à l'articulation une chance de se stabiliser.
Les infiltrations de corticoïdes sont des injections directement dans l'articulation de la cheville. Les corticoïdes sont des anti-inflammatoires puissants. Injectés localement, ils réduisent l'inflammation synoviale et la douleur. Cependant, leur action n'est pas définitive ; l'effet s'épuise en quelques mois. De plus, les corticoïdes répétés peuvent avoir un effet adverse sur le cartilage lui-même à long terme. C'est pourquoi les infiltrations de corticoïdes ne sont généralement pas le traitement à long terme d'une lésion cartilagineuse.
Le PRP (Plasma Riche en Plaquettes) est une approche plus biologique. Le PRP est obtenu en centrifugeant votre propre sang pour concentrer les plaquettes et les facteurs de croissance. Injecté dans la cheville, ce concentré libère des substances qui stimulent la régénération tissulaire et réduisent l'inflammation. Contrairement aux corticoïdes, le PRP ne supprime pas l'inflammation, il la régule et l'oriente vers la réparation. Les études montrent que le PRP peut ralentir la progression des lésions cartilagineuses et améliorer les symptômes. Plusieurs injections espacées (généralement trois injections à deux semaines d'intervalle) sont souvent nécessaires. Le PRP est mieux toléré à long terme que les corticoïdes répétés.
La rééducation et la physiothérapie accompagnent ces traitements. Elle renforce les muscles qui stabilisent la cheville et améliore la proprioception (votre capacité à percevoir la position de votre cheville dans l'espace). Une cheville renforcée et stable limite les traumatismes répétés qui aggravent la lésion.
Ces approches non chirurgicales conviennent aux lésions petites ou modérées, asymptomatiques ou peu symptomatiques, chez des patients acceptant une restriction provisoire d'activité. Elles peuvent également servir de premier traitement avant de décider si une chirurgie est nécessaire.
Les interventions chirurgicales : microfractures, greffe en mosaïque et greffe cellulaire
Quand une lésion cartilagineuse est volumineuse, profonde, symptomatique malgré les traitements non chirurgicaux, ou si elle risque d'évoluer vers une arthrose rapide, la chirurgie est envisagée. Presque toutes les interventions se déroulent en arthroscopie, une technique minimalement invasive utilisant une petite caméra.
Les microfractures sont une technique simple et économique. Le chirurgien identifie la zone de cartilage endommagé et, avec un petit instrument spécialisé, perfore intentionnellement l'os sous-jacent. Ces petits trous permettent au sang de l'os de s'échapper dans la cavité articulaire. Le caillot qui se forme contient des cellules souches et des facteurs de croissance. Au fil du temps, ce caillot se transforme en tissu de cicatrisation appelé "fibrocartilage". Ce fibrocartilage n'est pas du cartilage hyalin (le vrai cartilage), mais il comble le défect et réduit les douleurs. Les microfractures sont indiquées pour les lésions de petit à moyen volume (moins de 2 à 3 cm²). Elles donnent de bons résultats chez les patients jeunes et actifs à court terme (les cinq premières années), mais la dégradation peut progresser après.
La greffe en mosaïque (ou ostéochondral autograft) consiste à prélever des cylindres de cartilage intact avec un peu d'os sous-jacent dans une zone non fonctionnelle de la cheville (zone d'appui minime), puis à les implanter dans la zone de défect. Comme c'est votre propre cartilage qui est greffé, il n'y a pas de rejet. Cette technique donne d'excellents résultats pour les lésions de taille petite à moyenne. Les inconvénients : elle crée une zone de prélèvement (qui devient elle-même une petite lésion, mais moins problématique) et elle est technique, demandant une excellente expertise chirurgicale.
Les greffes cellulaires représentent l'approche la plus avancée en 2026. On prélève quelques millimètres de cartilage sain, les chondrocytes (cellules du cartilage) sont isolés en laboratoire et multipliés. Ces cellules cultivées sont ensuite réimplantées dans la zone de défect, souvent dans une matrice (une sorte de "scaffolding" biologique) qui les aide à se réorganiser. Cette technique offre le potentiel de régénérer du vrai cartilage hyalin. Elle est réservée aux lésions volumineuses, aux patients jeunes avec un bon potentiel biologique, et elle nécessite deux interventions (prélèvement puis implantation). Les résultats à long terme sont prometteurs, mais le coût est nettement plus élevé.
La rééducation et la reprise d'activité
Après une intervention chirurgicale, la rééducation est un volet absolument indispensable, pas une option. La progression est progressive et respectueuse de la cicatrisation du cartilage, qui est lente.
Les premières semaines (0 à 6 semaines) sont consacrées au contrôle de l'inflammation, à la mobilité passive et active-aidée de la cheville, et à la gestion de l'oedème (compression, surélévation). Progressivement, on passe à des mouvements actifs sans résistance.
De la sixième à la douzième semaine, la rééducation devient plus active. On travaille la stabilité, l'équilibre et commence à charger progressivement le pied. Marcher, puis progressivement augmenter la distance et la durée.
Après trois mois, si tout se déroule bien, on introduit des exercices de renforcement musculaire, de proprioception, et une reprise très progressive de l'activité (vélo avant la course, nage avant sport de pivot).
La reprise complète des activités intenses demande généralement six à douze mois selon le type de lésion, la technique chirurgicale et votre engagement en rééducation. C'est un délai long, mais qui reflète la réalité biologique de la cicatrisation cartilagineuse.
Quels résultats attendre et comment prévenir l'arthrose ?
La question qui préoccupe chaque patient est : vais-je vraiment aller mieux ? Vais-je retrouver une cheville normale ? La réponse dépend de plusieurs facteurs, mais elle est généralement optimiste si le bon traitement est appliqué au bon moment.
Les résultats selon le type de lésion et la prise en charge
Pour les petites lésions cartilagineuses détectées précocement et traitées médicalement (infiltrations, PRP, rééducation), les taux de satisfaction dépassent les 70 à 80 %. Ces patients rapportent une diminution significative des douleurs et une meilleure fonctionnalité. Quelques entorses sont évitées par la stabilité retrouvée.
Pour les microfractures, les résultats à cinq ans montrent une amélioration de 70 à 80 % des symptômes chez les patients jeunes (moins de 40 ans) avec des lésions petites ou moyennes. Après cinq ans, la tendance est à une dégradation progressive, mais souvent lente. Chez les patients plus âgés ou avec des lésions plus volumineuses, les résultats sont moins bons.
La greffe en mosaïque offre de meilleurs résultats à long terme, avec environ 80 à 90 % de patients satisfaits à dix ans. Le cartilage greffé intègre bien et continue à fonctionner. Cependant, la zone de prélèvement peut occasionnellement devenir symptomatique.
La greffe cellulaire cultured donne les meilleurs résultats anatomiques et fonctionnels, produisant un cartilage semblable au cartilage natif. Les données de suivi à dix ans sont excellentes, avec plus de 80 % de résultats bons à très bons. Le revers : le coût et la complexité ne la rendent accessible que pour les cas sélectionnés.
Ces chiffres sont rassurants, mais ils montrent aussi que plus la lésion est précoce et petite, mieux on s'en sort. Une lésion mineure diagnostiquée et traitée rapidement ne progresse qu'exceptionnellement vers l'arthrose. Une lésion volumineuse négligée pendant des années finira inévitablement par dégénérer.
La prévention de l'arthrose post-traumatique
L'arthrose post-traumatique est le risque à long terme. Une entorse apparemment bénigne peut initier une cascade d'usure menant à l'arthrose vingt ou trente ans plus tard. Voici comment minimiser ce risque.
D'abord, une bonne réduction de l'entorse initiale. Si vous avez une entorse, ne la traitez pas "à la légère". Consultez un médecin pour exclure une lésion cartilagineuse associée via des radiographies. Une immobilisation appropriée de deux à six semaines selon la gravité permet au ligament de cicatriser correctement.
Ensuite, une rééducation complète et prolongée. Les patients qui font une rééducation sérieuse et complète après une entorse ont nettement moins d'entorses ultérieures et moins d'arthrose post-traumatique. La rééducation doit inclure renforcement musculaire, proprioception et étapes progressives de reprise d'activité. Cette phase ne doit pas être abrégée même si vous vous sentez mieux ; elle dure au moins trois mois.
Ensuite, porter des équipements appropriés si vous pratiquez du sport. Les chaussures adaptées, les chevilles ou les attelles de sport offrent un soutien qui limite les mouvements excessifs. Chez les athlètes ayant des antécédents d'entorse, une attelle de prophylaxie peut réduire les récidives de 60 à 70 %.
La correction de la technique sportive est aussi importante. Une technique déficiente en course, en saut ou en changement de direction augmente les chocs sur la cheville. Travailler sa technique avec un coach ou un kinésithérapeute spécialisé en sport prévient les entorses.
L'échauffement et l'étirement avant et après l'activité riches maintiennent la mobilité et la flexibilité, réduisant les blessures.
Le suivi régulier par imagerie permet de détecter une lésion cartilagineuse latente. Si une zone est identifiée, une prise en charge proactive (infiltrations, PRP, rééducation) peut arrêter sa progression avant qu'elle ne se dégrade. En 2026, on recommande d'ailleurs une IRM de suivi quelques mois après une entorse grave ou non correctement cicatrisée, même si la douleur a disparu.
L'hygiène de vie joue un rôle. Maintenir un poids normal réduit le stress mécanique sur les articulations. Un régime riche en oméga-3, en antioxydants et en micronutriments (vitamine C, vitamine E, zinc, manganèse) soutient la synthèse du collagène du cartilage. Éviter le tabac et limiter l'alcool prévient la dégénérescence osseuse.
La lutte contre l'inflammation chronique est un élément souvent négligé. Une inflammation systémique (liée au stress chronique, au manque de sommeil, au surpoids, à une alimentation très pro-inflammatoire) accélère la dégradation cartilagineuse. Gérer le stress par la relaxation ou le yoga, dormir suffisamment et manger sainement sont des actes de prévention concrets.
Enfin, consulter un chirurgien orthopédiste expérimenté si la lésion s'aggrave ou si les symptômes persistent. N'attendez pas une arthrose déclarée. Une lésion cartilagineuse symptomatique ou progressive mérite une évaluation et une prise en charge adaptée, peu importe votre âge.
Conclusion
Une lésion du cartilage de la cheville n'est pas une fatalité menant inévitablement à l'arthrose. Détectée précocement et traitée activement, qu'elle soit médicale ou chirurgicale, elle répond bien dans la majorité des cas. Les symptômes diminuent, la fonction s'améliore, et l'évolution vers l'arthrose sévère est freinée ou évitée.
L'approche pragmatique consiste à écouter votre cheville. Une douleur chronique, un gonflement répété, des sensations de blocage ne sont pas des symptômes à ignorer. Consultez un médecin, acceptez les examens d'imagerie nécessaires et engagez-vous dans le traitement recommandé. La rééducation, parfois longue et parfois frustrante, est votre meilleur allié pour récupérer une articulation stable. Et pour l'avenir, appliquez les principes de prévention : technique correcte, équipements adaptés, proprioception, renforcement musculaire et hygiène de vie. Votre cartilage vous remerciera.
